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JOURNAL SANS DATES IO7

est beau tout entier. Il me parle longuement de ces pays où peut-être je n'irai qu'en rêve, où pourtant il répète, après tant d'autres, qu'il n'est pas difficile d'aller.... Eh ! non, je le sens bien ! le difficile n'est que de partir ; on n'a plus qu'à se laisser porter. Mais comme elle tient après nous, notre amarre ! et que les dérisoires efforts que je fais pour l'allonger un peu sont lassants. Il parle de Java, de Pékin, des silences profonds dans les forêts de la Nouvelle-Zélande ; et dans l'île du Pacifique, de la tombe de Stevenson. Il parle de sa ferme aux pacages immenses où des eucalyptus géants se dressent, isolés, arbres abandonnés, en ruine, dont l'intérieur pourri forme cheminée jusqu'au ciel ; pour fêter l'arrivée d'un ami on en sacrifie quelques-uns qu'on allume ; il parle de la sau- vage étrangeté, dans la nuit vaste, de ces torches immenses. Il m'invite à l'aller retrouver là-bas.

Je songe, après qu'il m'a quitté, je songe longuement à Sindbad, à Crusoé, à Rimbaud, à ceux au coeur de qui Dieu attache cet instinct nomade, cet amour inquiet, impatient du convenu, toujours en quête d'aventure, et ce besoin d'aération — comme il attache un aileron légei pour l'essor, à certaines graines qui quitteront le sol natal et que le premier souffle emportera... Et tristement, sagement, je me répète les paroles du Coran que, dans les Mille nuits et une nuit, cite à son fils, pour le dissuader de partir, le syndic, père de Grain de Beauté :

— Heureux Vhomme qui se nourrit des fruits de sa terre et trouve en son pays même la satisfaction de sa vie.

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