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UNE BELLE VUE 95

tions ailleurs nos jeux. Marguerite faisait, autant que possible, bande à part.

Il eût été normal que dans une maison où se ren- contraient une jeune fille et une fillette, celles-ci se fussent accordées, voire au détriment du garçon ; leur différence d'âge n'était pas assez grande pour qu'elles eussent fini de parler le même langage. Sans doute, Hen- riette, primesautière, ouverte, rieuse, passablement garçon- nière, avait peu d'affinités avec ma sœur, mais cela ne l'avait pas empêché de lui offrir une affection dont elle était prodigue au sortir d'une enfance esseulée. Elle ne de- mandait qu'à aimer, qu'à se faire aimer, et comment était-il possible qu'on ne l'aimât point ! Marguerite cependant lui opposait un visage glacial, décourageant, ce même visage qu'elle avait en face de madame Tourneur et qu'elle prenait toutes les fois qu'il était entre nous question des habitants du Colombier. Maman ne com- prenait rien à l'attitude singulière de sa fille, attitude qui parfois semblait avoir la signification d'un reproche à son égard ; elle en était peinée, et s'affligeait de voir que ses questions et ses observations à ce sujet n'obtenaient ni franche réponse, ni résultat. Ah ! dans la période de crise qu'elle traversait à la veille de prendre une déter- mination capitale, Marguerite montrait dans tout leur beau ce détachement et cette ingratitude des enfants que la vocation religieuse appelle.

Je ne me flatte point d'avoir pénétré les secrets d'une âme aussi peu communicative, mais je crois que, profon- dément éprouvée au sujet d'Yvonne et de Gilberte de Chaberton par une déception dont elle avait d'autant plus souffert qu'elle l'avait moins laissé paraître, ma sœur

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