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CAUET 143

regret de la faute commise et le vif désir du pardon. Mais l'instinct de Chtiot Jules ne pouvait pas le tromper. Gerfaut mit la main sur son épaule, et le frôlant presque, du ton le plus insinuant, lui demanda :

— Qu'est-ce qu'il fait, ton vieux ? Ça me ferait bien plaisir d'avoir de ses nouvelles ?

Sans expansion, simplement parce qu'il était acculé, Cauët parla : il était la vérité même. Il dit :

— C'père il est malade.

— Comment ! — s'exclama Gerfaut. — Malade ! Le père Cauët qui vous avalait ses six potées à la file. C'est bien sûr pas grand'chose, sa maladie. Qu'est-ce qu'il a ton vieux ?

Ceux qui s'entretenaient de son père à Sissoune, disaient qu'il était malade, et la Cauët disait tout bas qu'il était feignant. Il ne se souvint pas que le vieux se fût plaint à lui de ses souffrances. De ce corps grelottant sur une botte de paille au fond de la hutte, et du râle qui s'en échappait, l'impression s'était traduite dans son cerveau par le mot : malade. Il ne trouva rien à dire, sinon :

— C'père, il est malade.

Mais l'intonation spéciale, la lenteur sourde, le hoqueté des syllabes, faisaient sentir bien mieux qu'un grand nom de médecine, toute la gravité de cette maladie.

— Il est malade ! — s'écria Gerfaut. — C'est qu'il y en a des maladies ! Il y en a même dont on crève. Moi je connais des malades, ils boivent, ils mangent, ils travaillent. Est-il couché ton vieux ?

— Y couche d'sous c'moulin — dit Chtiot Jules, et il hésita, parut réfléchir, et tout à coup, dit :

— C'Mélie, elle est malade ".

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