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��CAUET

��CHAPITRE III

��L'acre brouillard épaississait de jour en jour ses bitumes autour de la caserne. Il montait d'en bas, de la rivière, des ruisseaux, des ruelles, et sortait comme une respiration de toutes les vieilles pierres des vieilles maisons de la ville morte. Par les hautes fenêtres, par les vastes escaliers, par tous les trous et par toutes les lézardes, il pénétrait dans la caserne. Il en devenait l'âme. Il se collait aux murs, râpait les gorges, enfiévrait les paupières. Et dans l'odeur de pétrole des mèches carbonisées, d'hallucinants halos dansaient tout le jour autour des petites lampes de cuivre. Les jeunes soldats ne sortaient pas. Ils faisaient l'exercice au pied des couchettes dans les chambrées. Des heures, en comptant haut, ils lançaient leurs bras et leurs jambes dans le vide. Et des heures, ils restaient accroupis au-dessus d'un stock de vieux pantalons, de vieilles capotes, à raccommoder ces guenilles, à tirer le fil dans la trame pourrie qui craquait. Les officiers, vers le soir, montaient de la ville. Ils les réunissaient tous et les instruisaient par d'interminables théories. Ainsi s'écoulaient ces premières journées. Une angoisse s'infiltrait dans les

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