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I04 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

route quand elle n'aboutit point à une représen- tation plastique ; jusque dans son lyrisme il portera désormais le souci du contour et du relief. Ce changement n'a pas été soudain ; déjà l'étudiant de Strasbourg, pour dépeindre une femme allaitant son enfant au milieu des débris romains de Nieder- bronn, avait conçu cette claire idylle du Voyageur^ dont on ne s'étonne point qu'un critique ait cherché le site exact en Italie. Les années de préparation au voyage avaient produit quelques très courts poèmes sur le modèle de l'anthologie grecque. Pour graver ces camées d'un trait plus incisif, il fallait une matière d'un grain délicat et dur; Gœthe s'était donc, comme il dit, "rapproché de la forme antique ", la théorie et l'exemple de Voss ayant déjà, non sans quelque artifice, ployé la langue allemande aux mètres grecs et latins. La distinction des brèves et des longues restait trop indécise pour une imitation soutenue des rythmes savants qu'Horace entrelace dans ses odes ; mais — sans parler de l'iambe, si naturel aux langues germaniques, si convenable à la tragédie, — la combinaison des accents forts et faibles suffisait à restituer pour l'oreille l'allure lente ou pressée des spondées et des dactyles. Gœthe emprunta donc aux élégiaques latins cette alternance d'hexa- mètres et de pentamètres qui selon les cas permet tant de souplesse, de précision rigoureuse ou d'ampleur. Cette forme déjà docile sous sa main

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