Page:NRF 1909 8.djvu/14

Cette page n’a pas encore été corrigée


98 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

de métaphores ; il préfère laisser les objets mêmes vivre et se mouvoir devant nous : descriptions, si l'on veut, mais descriptions animées, et, dira Benjamin Constant, " descriptions si naturelles, tellement commandées par l'impression, que l'au- teur ne paraît pas s'apercevoir qu'il décrit. "

3° Le sentiment exalté ne s'attarde point aux explications, ne se meut point d'une évolution continue. Goethe connaît à merveille la magie de ces chants populaires, où seuls ressortent les moments pathétiques, directement juxtaposés par touches libres et pures ; il sait comment, dans l'in- tervalle entre deux couplets ou deux strophes, l'émotion, qu'égarerait toute parole, poursuit sans guide son parcours souterrain. Bien plus, il pense qu'une œuvre d'art est imparfaite, quand elle ne donne rien à deviner ; il faut que par elle l'imagi- nation soit contrainte à la recréer en la complétant. Aussi, pour n'enfermer point le lecteur entre des barrières étroites, le vrai lyrisme est-il toujours " dans l'ensemble, très raisonnable, — dans le détail, déraisonnable un peu"; et par là, sans froide allégorie, sans interprétation abstraite, il s'élargit de lui-même en symbole : " La vive intuition poétique transforme un état, une donnée particu- lière, en un tout limité sans doute, mais non pas clos, si bien qu'en ce petit espace nous croyons voir le monde entier. "

4° Dans les cas les plus favorables, à s'élever

�� �