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LA CAPTIVE DES BORROMEES 523

Ascanio, m'imposait une certaine retenue, je ne croyais pas encore tout danger conjuré. Le moment du débarque- ment restait critique, et j'attendais avec curiosité de connaître le parti auquel les gaillards s'arrêteraient en voyant leur maîtresse s'éloigner avec moi. Le sort cepen- dant me réservait une épreuve bien différente de celle que j'imaginais. Comme nous approchions du rivage, un des mariniers se mit en devoir de carguer la grande voile qui jusqu'alors avait arrêté notre vue. Le spectacle qu'elle découvrit en se relevant pensa me glacer d'horreur. Au haut du quai rustique dont nous n'étions plus distants que de quelques longueurs de rame, Ascanio en personne se tenait debout, drapé dans son éternelle capote militaire, plus raide et plus décharné que jamais. En nous aperce- vant, il eut un sourire sardonique dont je me sentis outré. — Le Ciel est contre nous, fîs-je à voix basse à Délia qui, à l'aspect de son bourreau, sans mot dire avait rabattu sa mantille sur les yeux. Je ne me dissimulais pas en partant les dangers de l'entreprise, du moins espérais-je en venir à bout sans violence ! Je commence à craindre que vous n'ayez à être témoin avant peu d'une assez répugnante bagarre. Au reste, c'est lui qui l'a voulu... Advienne que pourra ! — Et la barque accostant à ce moment, je tendis la main à la jeune femme et de l'air le plus assuré l'aidai à prendre pied sur le quai. Ascanio durant ce temps n'avait pas bougé : le même sourire insupportable con- tinuait de flotter sur ses lèvres. — Mon cher chevalier, fît-il enfin, on avait beaucoup exagéré l'affaire dont je vous ai parlé ce matin : il ne m'a fallu qu'une heure pour tout remettre en état. J'ai fait réflexion alors qu'en me pressant, j'aurais chance de vous joindre à cet endroit. Je

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