Ouvrir le menu principal
Cette page n’a pas encore été corrigée


522 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

yeux si Bridon ne m'avait abusé. J'en fus pour mes peines du reste ; en atteignant les terrasses, il fallut bien convenir que le garçon avait dit vrai, le lac était désert, pas une voile ne demeurait en vue. A la place où je l'avais laissée, je retrouvai la jeune femme, interdite et apeurée. — Madame, lui dis-je brièvement, c'en est fait. La barque qui devait favoriser votre fuite n'est plus à son poste et vous m'en voyez confondu. Il n'est plus temps à présent d'atermoyer : en deux mots, ou vous resterez ici ou vous me suivrez tête haute dans mon propre bateau. A vous voir agir si ouvertement, vos gens imagineront qu'en l'absence du Comte, vous avez bien voulu prendre la peine de me faire la reconduite à sa place. Et à la grâce de Dieu, pour le surplus !. . . — Elle ne fut pas longue à se décider et me tendant la main : — Partons, chevalier, me dit-elle. L'aventure pour le coup devenait épineuse, mais la simplicité avec laquelle Délia en acceptait les risques me communiquait la force de venir à bout de tous les obstacles qui pourraient s'opposer à nos desseins. En attendant, il n'était que de payer d'audace et d'aller hardiment de l'avant. De fait, en nous voyant paraître sur le seuil, il ny eut personne dans le domestique accouru pour me saluer, qui parût trouver la rencontre singulière. Mon bagage déjà était rangé, je n'eus qu'à aider Délia à prendre place dans la barque qui s'éloigna aussitôt, au bruit des acclamations. Quand l'île commença de décroître sur les eaux et que je vis la haute façade du palais s'en- foncer peu à peu dans les verdures qui la pressaient de toutes parts, je respirai plus librement. Je gardai toutefois de donner cours à ma satisfaction. Outre que la présence des hommes qui m'entouraient et qui appartenaient à

�� �