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LA CAPTIVE DES BORROMEES 517

Le ton dont elle me la souffla, autant que la confidence elle-même, m'exalta. Tendre effusion d'un coeur qui pres- sentant sa faiblesse ne se défend plus d'y céder, pouvais-je n'y point voir l'aveu ingénu d'un sentiment déjà plus proche de la tendresse que de la simple reconnaissance ? Je ne répondis pas : mes regards et mon attitude toutefois marquèrent à la jeune femme quel transport passionné me soulevait vers elle. A ce compte-là, nous courions tout droit à une imprudence fatale : je ne fus pas fâché, aussi bien, de voir Ascanio, en se rapprochant, nous mettre en garde contre notre propre entraînement. L'après-midi, du reste, s'achevait : pour nous préparer au dîner, bientôt nous reprîmes le chemin du château. Comme si la proxi- mité de mon départ l'eût subitement rassuré, le Comte, on l'a vu, n'avait plus donné signe, de tout le jour, de cette aveugle jalousie dont il avait précédemment paru consumé : sa grandeur d'âme alla jusqu'à permettre que Délia, pour ce dernier repas, s'assît auprès de nous. Tant de générosité ne laissa pas de me toucher : en mon atten- drissement, j'en venais à oublier tous les motifs que j'avais d'en vouloir au vieillard ; à maintes reprises je me surpris à le considérer avec pitié en songeant au coup que je lui ménageais. Ascanio, d'ailleurs, faisait de son mieux pour effacer le souvenir fâcheux qu'il sentait bien que ses brusqueries et sa méfiance risquaient de laisser en moi. Pas une fois, il ne lui échappa de ces boutades grossières qui m'avaient si souvent choqué. Prenait-il la parole, c'était pour prodiguer les flatteries et les caresses, tant à sa maîtresse qu'à moi-même. Peut-être, il est vrai, la félicité dont j'étais rempli me prêtait-elle quelque indul- gence. Je ne voyais que Délia : la pensée du plaisir que

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