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5 1 6 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

main, se dressait au-dessus de nous. De loin, alors je jetais un sourire clandestin à Délia ; elle penchait un peu la tête pour ne point se trahir, mais le pli de sa bouche, l'expression de tendre connivence répandue sur ses traits faisait la plus charmante réponse. Ce fut au cours d'une de ces fiévreuses promenades que, vers cinq heures, j'aperçus, non loin de l'île, une grosse barque qui se dirigeait vers le château et portait fièrement à la corne du mât un pavillon blanc tout neuf. La joie pensa m'ar- racher un vivat : je venais de reconnaître le signal dont j'avais convenu avec Bridon. D'un geste pressant, derrière le dos d'Ascanio qui rêvassait, j'invitai la jeune femme à me rejoindre, et feignant de lui désigner les toits épars de quelque village distant : — Voyez-vous cette voile, fîs-je à mi-voix. C'est le salut qui approche. Demain, elle portera votre fortune. Je n'ai point à vous en dire plus long en cet endroit : du moins ai-je tenu à vous montrer sur l'heure que je tiens ma parole et que tout s'accomplira selon nos espérances, pourvu toutefois que vous ne vous écartiez en rien de la conduite que je vous ai tracée... — Tandis que j'achevais ces mots, en ses tendres yeux bleus fixés sur moi, il me parut lire je ne sais quelle incerti- tude : ses lèvres en même temps s'entr'ouvrirent comme pour m'interroger. Mais déjà, me penchant vers elle : — Dois-je croire, fîs-je d'un ton de reproche, que vous laissiez tant de votre coeur ici qu'en face de la liberté qu'on vous offre, vous ne puissiez vous défendre d'un regret !... Une rougeur légère à ce moment couvrit son front et dans un soupir, si bas qu'à peine je pus l'entendre : — Ah ! pensez-vous, murmura-t-elle, qu'à vous suivre, je sois si assurée d'être libre désormais ?... —

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