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390 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Le merveilleux, c'est que mille au moins de ces toiles repré- sentent à peu près, ce qu'elles veulent représenter — objets, figures, paysages — et le représentent sans trop de hideur ni de gaucherie, avec une sorte d'harmonie, une sorte d'aisance et de don ! Précieux encouragement pour les oisivetés disponibles en quête d'une facile vocation. Je ne vois guère que la pratique de l'alexandrin qui leur puisse assurer satisfaction aussi immédiate. Encore ici faut-il trouver des mots pour remplir le cadre fixé, tandis que là le moindre coin de nature, morte ou vive, s'y inscrit de lui-même : il n'y a plus qu'à " l'imiter ". Et cela s'imite assez vite. Essayez.

Art d'autant plus ardu que l'abord en est plus facile. C'est un plaisir si neuf de recréer ce que l'on voit, qu'on va se con- tenter d'un minimum de ressemblance. La joie d'analyser la couleur et la forme d'un fruit, d'un visage, d'un terrain, naïve au premier jour, s'émousse, se banalise, devient une joie d'habitude, qu'aucun effort ne soutient plus. Qu'ils sont rares ceux qui s'ingénient à " voir " chaque jour un peu mieux, et à rendre mieux ce qu'ils voient, ceux que ne stérilise pas soit la vraisemblance médiocre d'un réalisme d'à peu près, soit la formule trop vite élue d'une synthèse prématurée, soit l'exer- cice d'un procédé exclusif. Combien citerions-nous de noms représentant ici un métier qui progresse (car je ne parle encore que du "métier") ou qui ait assez progressé pour mériter un temps de halte ? Une trentaine. Et soyez sûr que tous les autres peintres piétinent sur place depuis dix ou vingt ans et que la même " habileté qui au présent salon nous frappe, nous eût frappés aux salons précédents, si leurs tableaux n'y eussent pas été entassés alors pêle-mêle, comme dans une foire.

A dire vrai, si ce salon nous incite à des réflexions géné- rales, c'est qu'il ne nous apprend rien de bien neuf sur telle ou telle personnalité. Celui-ci à envoyé des toiles anciennes, celui-là deux pochades — et je songe à M. Bonnard. Com- ment après l'admirable exposition que fut la sienne, pense- t-il que nous accepterons de le voir figurer si pauvrement ici ? Non, il n'a plus le droit de n'être qu'ironiste. Et c'est

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