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NOTES 381

de son existence : par lassitude, par dégoût de soi-même, il renonce à ce qu'aurait pu lui donner de raison d'être un amour qui n'avait cessé de l'attendre et, désormais superflu à tout, se laisse mornement glisser au suicide. Pour un peu M, Erlande accuserait de cette faillite les mœurs littéraires dont la mise en scène et la peinture tiennent une grande place en ce li\Te. Il n'est de noirceur dont il n'obscurcisse son tableau et, par endroit, l'on n'est pas sans se demander avec inquiétude quelles malheureuses fréquentations ont fourni ses modèles à l'écrivain. Tout de même il ne faudrait pas géné- raliser ni confondre. La France n'est point dissolue parce qu'il se vend des cartes transparentes sur les Boulevards. Catulle Mendès, pareillement, ne représentait somme toute dans l'ensemble qu'une notoriété bien locale. Tout le monde sait que ce n'est pas l'élite intellectuelle de la nation qui se presse dans l'antichambre du journal. Même à l'Académie Goncourt il y a des Elémir Bourges, et si les réunions de gens de lettres sont communément hantées par d'assez tristes sires, que diable ! personne n'est tenu d'y aller et l'on remarquera que ces assemblées sont au surplus évitées avec soin par tous ceux qui sembleraient avoir le plus de titres à y prendre part. Convenons plutôt que le héros de ce roman n'est qu'un arri- viste sentimental mal doué pour la lutte. Le défaut de son armure, c'est justement qu'il n'est pas un poète mais un ambitieux que son infatuation seule poussait à ce qu'il estimait une carrière avantageuse. Il faut toujours s'applaudir de la disparition d'un déchet social. Ce jeune pro\àncial dévoyé, faible, indécis n'eût fait apparemment qu'encombrer la circu- lation : M. Erlande a été heureusement inspiré en le suppri- mant. — L'auteur de ce livre est plein de ressources, il a des dons multiples et connaît son métier. Sans doute ses artifices de composition sont un peu surannés : s'il parvient néanmoins à animer son action, le mérite n'en est que plus grand. Son écriture est souple, élégante, il a le sens du paysage et nous le prouve sitôt qu'il consent à évoquer quelque site lumineux du Midi. Surtout il a publié autrefois des vers pleins, sonores, d'une éloquence que les mots gouvernaient moins que Tins-

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