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NOTES 377

de petits points noirs et qu'elle finit par tremper tout entiers. Le vent murmurait dans les arbres avec un tremblement léger de feuilles. L'eau s'égouttait lentement ; une brouette grinçait derrière un massif, "

Le voici dans le jardin de son grand-père :

..."Les mouches bourdonnaient ; une fleur surchargée d'un frelon, fléchissait doucement ; les guêpes passaient dans l'air chaud avec un ronflement tiède ; des lézards couraient sur la pierre brûlante ou s'arrêtaient, immobiles en leur fine attitude attentive, et j' entendais un choc de sabots sur une bêche ou le grincement d'un sécateur".

Dans ce jardin, le vieillard descend une dernière fois :

  • ' Des poires dures et vertes soulevaient le feuillage métallique

de l'espalier. Les pêches veloutées et rebondies se teignaient en . nuances de pastel velu. On allait à pas lents, grand-père donnait le bras au jardinier et s'y appuyait lourdement. Parfois il s'arrê- tait devant un fruit, et f entendais sa respiration oppressée. Un vent léger visitait le feuillage des asperges ; un papillon jaune volait autour d'un chou et s'y posait, les ailes frémissantes..."

Quelques jours plus tard, le lointain chant des cloches, qui font dire fièrement à l'enfant : " C'est pour grand-père qu'on sonne " — rythme l'élan du hamac où il se balance entre Thérèse et Sophie de Néronde, ses deux petites amies.

Une indistincte et subtile philosophie imprègne, à la manière d'un parfum, Jours heureux ; dans plusieurs autres écrits de Régnier on la retrouvera, plus ou moins discrète et plus ou moins parée ; elle ne s'offrira nulle part avec une plus gracieuse indolence.

Entre ces deux fraîches feuilles du Trèfle, Les petits Messieurs de Nèvres prennent un éclat inattendu ; le conte est dans ce genre archaïsant où Régnier nous a donné quelques-unes de ses meilleures œuvres, mais dont je crois qu'entre elles toutes celle-ci, dans ses proportions mesurées, reste l'exemple le plus accompli.

A. G.

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