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360 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

peux perpétrer tes actions honteuses sans que le châtiment que méritent tes crimes vienne t'ôter de ma route. Ah ! que n'es-tu là, maudit vieillard? Cette fois je ne cherche- rais pas seulement à t'étrangler comme je fis à Saint- Lazare et c'est d'un fer vengeur que je te ferais expier tes forfaits !... "

A ce moment la fille avec qui j'étais, au comble de l'anxiété où la jetait mon état, allait de la petite fenêtre à la porte où elle écoutait. La vue des sévices qu'elle avait subis par l'ordre de G. M., loin de calmer ma colère aidait à porter ma fureur au comble. Il n'y avait pas de vœux que je ne fisse alors pour me trouver devant le bourreau de Manon, de moi-même et de la fille chez qui j'étais en ce moment. Ma compagne de rencontre, affolée de m'entendre, écoutait toujours. Tout à coup et comme si elle eût été à moitié folle, elle quitta le poste où elle observait et se jeta sur moi en posant sa main sur ma bouche.

— " Taisez-vous, me dit-elle, le voilà ! " La porte s'ouvrit à ces mots. C'était le vieux G. M. Ah ! j'eusse fait bon marché alors de toute ma vie éter- nelle au profit de ce court instant où je me retrouvai face à face avec ce vieux monstre. Un instant, sa figure, qui décelait la ruse et la cruauté, se peignit d'épouvante en me reconnaissant. Il semblait qu'il voulût parler et qu'il cherchât sans doute à m'outrager encore. Mais je ne lui en laissai pas le temps. A peine l'eussé-je vu que je tirai mon épée en criant le nom de Manon et aussi le mien. Je me jetai sur lui avec fureur ; il tomba d'une masse et la violence que j'avais mise à l'atteindre était si vigoureuse que j'eus toutes les peines du monde à retirer mon épée

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