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358 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

rougit aussitôt. — " Venez chez moi, me dit-elle ; cela est à deux pas. Je vous parlerai de G. M. "

Cette fille me paraissait beaucoup moins dissolue que ses pareilles. Elle semblait modeste et je ne balançai pas à l'accompagner. Nous sortîmes du jardin par la rue de Vaugirard ; en peu de temps nous fûmes rue du Cœur- Volant où elle habitait. Chemin faisant elle m'apprit que la rivalité entre le vieux G. M. et son fils, loin de s'éteindre avec le temps, s'était accrue encore. Il n'y avait pas de maîtresse que le fils ne cherchât à enlever au père et réciproquement. Cette singularité dans la galanterie eût pu me surprendre de la part de tout autre ; mais de celle de G. M. cela n'avait rien qui pût m'étonner. — " Duquel des deux, demandai-je, dépendez-vous pour l'instant ? " Elle me répondit avec une grande simplicité que c'était du fils ; mais elle ajouta qu'elle était avertie que le père n'avait pas tardé d'apprendre où elle était et qu'elle tremblait à tout moment de le voir apparaître.

A peine fûmes-nous dans sa chambre, qui était sans grand luxe mais très propre, qu'elle commença de prendre un peu plus de liberté avec moi. Elle allait, elle venait, elle chantait un petit air. A la fin elle me dit : — " Vous allez déjeûner avec moi et je vais me faire belle. "

Je protestai que je n'avais aucun appétit et que je n'avais pas le coeur à m'amuser. — " Si, si, me dit-elle. Il le faut. Restez ce matin avec moi. Après vous aviserez à vos affaires. "

En même temps elle était à son miroir ; elle arrangeait son fichu, son collier, son petit juste et elle se parait avec une décence que je sentais pour moi. Quand cela fut fait elle prit un ruban de feu qu'elle tira d'un tiroir et ôta

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