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348 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

chaise de poste. J'y volai aussitôt que je pus. L'amour et la douleur, loin de nuire à mes recherches, donnaient à ma mémoire une précision si merveilleuse que je fus, en peu de moments, au logis de ma maîtresse. Il était tard ; une lumière brillait à la fenêtre et, de la rue, je voyais aller et venir une fille qui se coiffait pour la nuit. Je restai un bon moment à la contempler; mais je m'aperçus que la maison n'avait plus d'enseigne et que la porte était close. Il fallut encore m'arracher de ces lieux. — " Au moins, dis-je, je veux épuiser ma douleur, je veux revivre toute ma jeunesse en un soir. " Amiens m'était aussi familier que Paris et il me fut facile de retrouver le Collège où j'avais étudié et où j'avais soutenu mes exer- cices publics devant M. l'Evêque.

— "A quoi tient le destin, disais-je, en reconnaissant les bâtiments et les préaux. Un jour de plus vécu dans ces lieux, et Manon passait près de moi sans que je la visse. Un jour ! Et je revenais ici, j'étais voué aux ordres! Les passions venaient expirer sur ces murs et ne me pénétraient pas... Ah ! pourquoi a-t-il fallu que je quit- tasse le collège si tôt ? Mon Dieu, mon destin était dans vos mains ! Vous l'avez changé ; et vous m'avez montré le pouvoir qu'avec un sentiment doux, un air languissant, un teint de la composition de l'amour on peut exercer

��sur un cœur."

��Il me fallait une auberge où passer la nuit. Celle où j'avais soupe avec Manon, tandis qu'elle s'était débarrassée de son conducteur et que j'avais éconduit Tiberge, me revint dans l'idée. Je m'y rendis et j'eus la satisfaction vraiment triste et douce d'obtenir de dîner dans la même petite salle où nous avions passé ensemble le premier soir. La

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