Page:NRF 1909 4.djvu/10

Cette page n’a pas encore été corrigée


3^4 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

pitude. C'est la main-mise, par des anony- mes, sur une faculté qui, du moment où ils l'empruntent, se mue en procédé et tombe du domaine de l'art dans celui de l'industrie.

��*

��" L'invention n'existe pas pour nous. Nous n avons rien à inventer^ nous n'avons qua voir. "

Ce plaisant trait-là vient encore de Dumas fils.

" Voir '*, pour un artiste, est-ce autre chose qu' " inventer " ? Aussi concèderait-on volon- tiers que vous n'eussiez, en effet, qu'à voir. Mais vous voyez " théâtre ". Vous avez, comme vous le dites, " l'œil construit d'une certaine façon ". C'est à dire qu'il est perverti, comme est empoisonné votre goût, par l'ha- bitude du factice et la pratique des manigan- ces. Vous croyez voir. C'est la formule qui vous saute aux yeux. C'est elle qui travestit pour vous toute apparence et flétrit toute sin- cérité. Vous voulez faire, avant tout, une pièce de théâtre. Cette préoccupation vous commande le choix des matériaux, l'ordon- nance des proportions, le dispositif des effets. Elle guindé vos gestes, elle altère votre voix. Un bon sujet, entre vos mains, un caractère humain se réduisent bientôt à cela : du théâ-

�� �