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LES VILLES A PIGNONS 367

mères et ces grand'places désertes où rôde l'ombre des beffrois, nous les connaissions ; déjà nous les avions vus dans maints de ses livres, tout au long de son œuvre, une et différente. Mais ils n'étaient alors que des images, des symboles si l'on veut, des matériaux plutôt dont Verhaeren bâtissait ces éclatants poèmes où l'orgueil d'enfermer son âme tout entière faisait le créateur inattentif à l'expression d'un détail ou d'un visage. C'est eux-mêmes ici, ce sont ces mêmes hommes et ces mêmes femmes qui maintenant contiennent et constituent le poème. Ces plastiques com- parses, ces figurants qu'une dure volonté entraînait dans le drame où ils se trouvaient confondus, il semble que Verhaeren tout à coup ait senti qu'ils étaient des êtres vivants. Soustraits à l'impérieux mouvement, ils se ressai- sissent, se raniment et retrouvent avec leur physionomie la destinée qui leur était propre, humble sans doute, mais précise, personnelle et obstinée.

Tandis qu'ils passaient, effarés et passifs, dans les Villages Illusoires ou les Villes Tentaculaires^ Verhaeren n'avait guère le loisir de s'arrêter à les considérer: du jour où il les a regardés, il les a reconnus et s'est attendri. Qu'on ne cherche pas aussi bien dans ce livre les fou- gueuse3 envolées où, mêlant les pensées et les rythmes, comme jadis Hugo faisait les mots, Verhaeren nous emportait à sa suite dans une course pathétique et hale- tante. L'émotion ne se disperse et ne se projette plus ; elle se ramasse et pénètre. L'éclat s'est fait chaleur. Sa

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