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1,66 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

une œuvre qui se développe et n'a pas encore fait le tour d'elle-même. Les Filles à Pignons, à leur tour, si d'aucuns continuaient de douter, nous font voir que Verhaeren est trop naturellement poète pour attacher moins d'im- portance à ses émotions qu'à ses pensées.

Afin d'expliquer sommairement la distance qui sépare ces trois livres types, qu'on ne nous dise pas surtout qu'en passant du premier au troisième, Verhaeren s'est renou- velé. Ce serait faire compliment au poète de ce qui n'est pour lui que nécessité et raison d'être. Le propre du poète, même en littérature, c'est d'être une exception continue : ainsi importe-t-il qu'à chaque fois qu'il se manifeste, ce soit pour nous surprendre. Verhaeren, pas davantage, n'a vu s'ouvrir brusquement devant lui des horizons qu'il ne soupçonnait pas encore. L'univers qu'il s'est façonné est si vaste qu'il se lassera de le chanter avant d'en avoir épuisé l'abondance et la variété. Simple- ment, il a modifié son point de vue et son attitude.

Figures et paysages, tout n'allait chez lui, autrefois, qu'à nourrir un impatient génie qui ne pensait trouver que dans la violence et dans l'efFort le témoignage de sa puissance. Du décor familier, rien aujourd'hui n'a changé, mais c'est à lui seul désormais qu'il s'attache; il ne recrée ni ne domine plus, mais se penche, s'intéresse et délibéré- ment subordonne sa bondissante fantaisie à l'expression stricte d'une réalité qui suffit à l'enchanter. Ces Villes à pignons, ces paysans bourrus et placides, leurs fortes com-

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