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NOTES 329

cela, peut-être, qu'admire M. Otto Grantoff qui, parlant dans la Grande Revue des " imaginations colorées " de Marées, s'écrie : " Il en faisait des types hors du temps et de tout espace localisé, donnant l'impression d'une atmosphère géné- rale, dans laquelle l'individu se trouve grandi et devient un symbole. On oublie le modèle, on ne pense plus à l'original." Un "symbole", voilà qui nous replonge au plus épais des conceptions germaniques d'où M. Meier-Graefe voulait dégager Marées, d'où ne l'éloignent guère, en somme, ni l'insistance qu'il met à obtenir une matière pénible, compliquée d'empâte- ments et de glacis, ni l'effort d'une composition où les figures se disposent comme dans un récit ou dans un drame et non pas selon cette fatalité des formes que l'artiste né provoque, subit, épouse plutôt, instinctivement.

Aussi bien ces réserves ne font pas que nous ne goû- tions comme il convient les meilleures peintures de Hans von Marées. On ne saurait refuser une grande admiration au Bain de Diane, par exemple, l'une des plus belles choses de cette exposition, dont la figure centrale garde une si brillante délicatesse. C'est vers 1870-71 que Marées semble prendre définitivement conscience de sa manière, et l'affirme de plus en plus hardiment jusqu'aux Hespérides, qui sont de 85, et Les Amants de 86. Mais on nous permettra de préférer la période qui va de 1863 à 1868, entre le Bain de Diane et le portrait du sculpteur Hildcbrand. A cette époque la matière a plus de légèreté, de transparence, les rapports sont plus fins le dessin est plus visible et plus nerveux. Hans von Marées, subissait alors l'influence italienne. Elle l'avait clarifié.

Peut-être M. Meier-Graefe n'est-il pas moins sensible que nous aux insuffisances de l'artiste puisqu'il écrit, en terminant sa préface : " S'il n'avait réussi qu'à montrer clairement la route qui sort de nos ténèbres, il aurait assez fait pour son immortahté. "

J. C.

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