Page:NRF 1909 10.djvu/91

Cette page n’a pas encore été corrigée


NOTES 323

La virtuosité n'est jamais qu'un moyen pour M. George Desvallières. Voyez avec quelle âpreté inquiète il tend dans la moindre nature morte à enfermer tout ce qu'il peut " d'ex- pression. " Sa matière si curieuse en apparaît comme torturée.

M. Charles Guérin, lui, garde une âme si sensible, malgré la maîtrise de son métier, qu'un objet peint cent fois par lui, il se replacera devant, à la cent unième, comme devant un objet neuf et cherchera pour l'évoquer d'autres moyens. Peut-être dans certaines natures mortes antérieures — le Violon par exemple ou l'Eventail — a-t-il montré plus de souplesse. Mais jamais plus d'éloquence à la fois objective et intime, plastique et si j'ose dire humaine, que dans celle qu'il expose aujour- d'hui. Et admirez aussi cette tête de femme ; quelle précision dans le rapport du visage clair aux cheveux ! On comprend qu'il ait besoin de fuir parfois l'émulation exténuante du réel pour se reposer en ces fantaisies, exquises certes, mais où il met le plus léger de son âme, non pas le plus profond ni le plus précieux.

Virtuose de l'abstraction, du modelé et de la ligne. M, Val- lotton ne cherche dans la nature qu'un prétexte. Et son ambition de style admirablement entêtée fait qu'il s'évertue à exclure de toutes ses œuvres l'agrément: ce que tant d'autres en vain poursuivent, ce que tant d'autres trouvent trop aisé- ment. Mais nous ayant prouvé qu'il est de force à créer sur soi-même, et à s'imposer à nous, ne songera-t-il pas un jour à nous attirer à lui ?

Contrairement, je souhaiterai à M. Siie, si exquisement doué, si habile, de réagir contre le penchant qu'il a pour un art exclusivement agréable ; les qualités de force de ses nus, je voudrais qu'il les cultivât de préférence. Mais après le gros effort de sa délicieuse exposition du printemps dernier, on excusera la modestie de ses envois présents.

Entre deux paysages verdoyants, M. Manguin nous montre une femme en robe feu à la fenêtre. Le dessin reste large et cependant rien d'esquivé, les volumes sont beaux, et la couleur franche chatoie. Cela se dresse si ferme, si complet qu'on oublie trop de volonté synthétique et ce parti pris de n'em-

�� �