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NATIONALISME ET LITTERATURE 24 1

Sur quoi peut s'exercer la première velléité poéti- que, opérer le premier effort de stylisation ? Sur les régions les plus fécondes de l'esprit ? Non certes ! mais sur les plus dociles. La littérature, d'abord et long- temps,neprétendra mettre en valeur que les plateaux: hautes pensées, hauts sentiments, passions nobles; de sorte que les premiers héros du roman ou de la tragédie, appauvris de tout ce que leur person- nalité pouvait présenter de touffu, n'apparaissent, dans le livre, que semblables à des marionnettes sublimes qu'il suffit que le poëte manie avec facilité.

Et si bientôt les éléments latins de notre race parurent susceptibles de la meilleure culture (j'allais dire : du meilleur rendement) et si du reste ils parvinrent à la parfaite culture les premiers, c'est que, tout assouplis déjà, ils se pliaient le plus aisé- ment sous l'effort. Culture latine, de si belle et souriante ordonnance, de frondaison si noblement et si élégamment clairsemée, que d'inquiétudes tu nous épargnes en nous invitant à ne consacrer qu'à la taille de quelques vieux espaliers grecs, notre zèle et notre industrie !

Cependant l'alluvion barbare couvrait la plaine et les bas-fonds — saligue épaisse où vint herboriser Jean-Jacques ; les romantiques n'y pénétrèrent qu'en saboteurs.

Racine ne mériterait pas tant d'honneurs s'il n'avait pas compris, tout aussi bien que Baudelaire, l'ineffable ressource qu'offrent à l'artiste les régions

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