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3^2 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

de bric-à-brac chez lesquels il avait payé dix ce qui valait mille.

Un jour, ayant aperçu par une fenêtre ouverte au rez- de-chaussée certain buffet de la cuisine, il jeta les hauts cris :

— Mais vous possédez là une pièce de musée ! Savez- vous bien que ce buffet est du plus pur Louis XIII ! Et vous l'enterrez ! Et vous le sacrifiez ! C'est un crime sans nom !. . . Irène, ma chère amie, venez donc voir! Regardez-moi ce chef-d'œuvre d'ébénisterie !.. . Et ces ferrures ! . . .

Madame de Chaberton braqua sa face-à-main. Ce n'était pas comme son mari une enthousiaste, mais elle laissa tomber de ses lèvres en accent circonflexe une appréciation qui en disait long :

— Il rappelle beaucoup celui des de Champdieu. Ce fut le point de départ d'une véritable scie. A

diverses reprises, Madame de Chaberton pria maman de la mener à la cuisine. Elle désirait " étudier " le bahut. Maman, qu'amusait fort cette admiration pour un meuble boiteux et vermoulu, se prêtait à la fantaisie de la visiteuse, histoire de montrer par la même occasion les dalles immaculées, le fourneau reluisant, les tables grattées, les casseroles comme des miroirs. Mais l'autre n'avait d'yeux que pour l'armoire aux pots de graisse. . .

Finalement, M. de Chaberton se risqua, et prenant mon père par le bras :

— Dites donc, Landry, du moment que vous ne semblez guère tenir à votre buftet, pourquoi ne me le céderiez-vous pas ?

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