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UNE BELLE VUE 309

ouvrait sa porte à tout venant. Ni mon père, ni ma mère ne se souciaient d'une cour de flatteurs ; ils ne purent toutefois se dérober aux rapports d'usage entre voisins de campagne. C'était là un des devoirs et des inconvé- nients de leur nouvelle position.

Avec les Davèzieux, l'on s'en tenait à des politesses distantes, mais nous étions accablés de visites et de gra- cieusetés par nos deux voisins immédiats : M. Servonnet et M. de Chaberton. Passe encore pour M. Servonnet ! Ce petit vieillard, le plus aimable des hommes, avait été le familier de bon papa ; il avait une telle habitude de venir à Longval que ses pas l'y portaient presque sans préméditation. Mais les de Chaberton, qu'avaient-ils de commun avec nous ? Et d'où leur venait cette subite passion à notre égard ?

Sans doute. Mesdemoiselles Yvonne et Gilberte, gra- cieuses poupées jumelles qui semblaient toujours sortir toutes neuves d'une boîte, étaient de bonnes amies pour Marguerite. Mais maman, avec ses mœurs de bourgeoise tranquille et ses grands nettoyages, en quoi pouvait-elle bien intéresser l'élégante Madame de Chaberton qui ne parlait que monde et toilette, et ne savait faire œuvre de ses dix doigts ? Et M. de Chaberton, le snob achevé, quel agrément trouvait-il dans la société de mon père ?

Celui-ci, d'ailleurs, qui évitait d'émettre, en présence des enfants, des remarques désobligeantes sur les grandes personnes, avait par mégarde lâché un jour devant moi un jugement sur son voisin :

— Je ne connais pas un être aussi ridicule, mais je le crois un peu braque.

Et souvent, lorsqu'il prononçait son nom, il en sou-

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