Page:NRF 1909 10.djvu/74

Cette page n’a pas encore été corrigée


306 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

feuille ne bougeait. Dans le ciel, qu'un soleil plombé blanchissait, des nuées orageuses montaient des quatre coins de l'horizon.

Je comprenais bien ce qu'un pareil panorama repré- sentait pour ceux qui en jouissaient. Mais mon père n'avait-il pas, par contre, quelque légitime sujet de se plaindre ? Justement, Victor, le jardinier, traversait le potager ; et l'on put voir que son chien Tambour levait la patte, en passant, sur une cloche à melons.

Un sourd grondement de tonnerre achevait de résonner, quand s'éleva la voix aigrelette de Marguerite :

— Marcel ! Prosper ! Où êtes-vous ? Voulez-vous bien revenir !

Marguerite prenait toujours avec nous de ces accents d'institutrice. En ce moment, le rose de ses joues plutôt anémiques, l'éclat de ses yeux de chat, le pincement de ses narines, m'en apprenaient long sur ce qui s'était passé en mon absence.

L'idée que maintenant tout était consommé me boule- versait à tel point que je fus incapable d'observer les physionomies, les attitudes. Fasciné par le bout verni de mes bottines, je me contentais d'écouter. Comme la foudre grondait de nouveau, on échangeait, debout, des propos relatifs à l'orage :

— Nous ferions bien de nous hâter...

— Oh ! cela n'éclatera pas tout de suite...

— Je crois avoir senti une goutte. . .

Les voix étaient brèves, les phrases courtes. Etait-ce seulement l'effet de la précipitation ?

Un tourbillon bref et brûlant souleva de la poussière, secoua le parasol.

�� �