Page:NRF 1909 10.djvu/69

Cette page n’a pas encore été corrigée


UNE BELLE VUE 3OI

Tandis que nous revenions sur nos pas, je m'efforçais de retenir les larmes qui demandaient à s'échapper de mes yeux. La nuit et la fraîcheur tombaient insensible- ment et quelque chose de noir et de glacé s'infiltrait en même temps dans mon cœur.

Marguerite était restée avec moi en arrière-garde. Elle feignit de se boucher les oreilles.

— Oh ! ton Prosper, dit-elle rageusement, ce qu'il m'énerve !

Il ne laissait pas de mériter un peu l'inimitié qu'elle lui vouait, car il en usait vis-à-vis d'elle sans nulle consi- dération. Il lui avait plus d'une fois tiré sa tresse blonde et adressé de laides grimaces. Elle ne pardonnait pas ces manières-là.

Mais une idée traversa le cerveau de Marguerite. Ma soeur se retourna vers la maison Davèzieux, et aussitôt un rire muet éclaira sa physionomie et brida ses lèvres minces. Elle riait, j'en fus certain, à l'idée du bon tour que nous jouerions à Prosper en nous rendant invisibles. Cela m'acheva. De retour à la maison, je souhaitai avec précipitation le bonsoir et courus me réfugier sous mes draps, où j'étouffai mes sanglots.

��Lorsque mon père prenait un lubie, il n'était pas facile de l'en faire démordre. A lui résister de front, on ne réussissait qu'à l'ancrer dans son idée. La meilleure façon de venir à bout de ses entêtements d'homme faible était encore de le laisser tranquille et de l'abandonner à ses réflexions. Maman le connaissait si bien qu'elle avait tout

�� �