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298 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

nade bi-quotidienne consistait à monter jusqu'au sommet du parc. Il prenait, en contre-haut de la maison, le chemin doucement incliné dont les lacets s'allongent et serpentent à flanc de coteau, à travers la prairie parsemée d'arbres fruitiers et quelques ares de vignoble. Il dépassait le chalet, genre suisse, occupé par le métayer et, parvenu à la porte qui donne sur la route de Saint-Clair, il faisait demi-tour, et redescendait du même pas mesuré, le menton sur la poitrine et les mains derrière le dos.

Ce fut pendant l'une de ces promenades qu'il s'avisa d'un fait tellement évident que nul n'avait jamais fwis la peine de le constater : " on n'était pas chez soi à Longval " ! Il nous était impossible d'aller et de venir sur les hauteurs sans que les Davèzieux dont la maison, couleur de mâchefer, se carrait au-dessus de nous, fussent témoins de nos démarches. Mon père déclara cette situation intolérable, et cela devint une rengaine de tous les instants..

Certes, on n'était pas " chez soi " dans toute la rigueur du terme, avec ces voisins dont la terrasse plantée de tilleuls affleurait exactement la crête de notre mur, et qui plongeaient sur nous par dessus la tranchée du chemin communal. Mais, ainsi que maman le faisait valoir avec son imperturbable et doux bon sens, nous n'avions pas à en souffrir davantage que nos prédécesseurs. Les familles Aubineau et Davèzieux avaient toujours été en excellents rapports, et même en grande intimité jadis. Les Davèzieux n'étaient pas gens de qui l'on pût tenir à se cacher. Nous n'avions du reste à nous cacher de personne. Enfin, la partie découverte de Longval ne constituait pas la partie d'agrément. Le château, ceint de grands arbres, se

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