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UNE BELLE VUE 295

Cette nouvelle organisation fut laborieuse. Nous pûmes toutefois, au fort de l'été, passer quelques semaines à Longval, dans l'absolu recueillement que nécessitait notre grand deuil. Malheureusement, les transports de la prise de possession ne devaient pas être pour moi sans mélange. A peine étions-nous installés que mon père se mit à parler " d'inconvénients ". Il voyait toujours le mauvais côté des choses, et spécialement sous le rapport qu'elles avaient avec sa santé. Du temps de bon papa, il n'avait jamais formulé ses critiques, car elles n'eussent pas été de mise auprès du plus vaniteux des châtelains. Aujourd'hui il prenait sa revanche. L'habitation était mal exposée ; les murs suintaient l'humidité ; les moustiques pullu- laient ; la rivière exhalait des miasmes. De quoi ne se plaignait-il pas ? Chaque jour amenait un nouveau refrain. Je tremblais pour l'avenir. Je n'ignorais pas quelle portée funeste pouvaient avoir des " inconvénients ", puisqu'à Charlemont, multiples et divers, ils nous obligeaient à déménager avant même l'expiration des baux. Serions- nous condamnés à quitter aussi Longval ?

Maman savait mieux que moi ce qu'il fallait penser au juste de ces récriminations. Armée d'une inaltérable patience, elle souriait, ayant réponse à tout.

— Longval malsain ! disait-elle. Mes grands-parents n'y ont-ils pas tous deux atteint un âge avancé ? Papa, lui, à près de quatre-vingts ans, n'avait jamais fait un jour de maladie.

— Oui, oui, il me l'a assez répété, disait mon père, qui se rappelait ses anciens agacements... Quoi qu'il en soit, mes douleurs se sont réveillées. Tu ne prétendras pas que ce sont des imaginations.

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