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UNE BELLE VUE 293

Aubineau. Mais, retiré des affaires, la vanité l'avait perdu. Après s'être refusé tout plaisir et toute commo- dité durant les trois quarts de son existence, après s'être nourri de croûtes, privé de feu, vêtu presque sor- didement, il avait dilapidé non seulement ses revenus, mais une partie de son capital, dans les embellissements de Longval. Tandis que pour ne rien laisser perdre, il ramassait en se promenant clous et boutons de culottes, et les enfouissait dans les vastes poches de sa jaquette râpée, il se ruinait tout tranquillement. Il laissa une succession très décevante.

��III

��Sans mes vêtements de deuil qui me rappelaient aux convenances, j'aurais dansé de plaisir à la seule pers- pective d'être désormais chez moi parmi les merveilles de Longval. Et je songeais que Prosper Davézieux, le fils de l'un de nos futurs voisins, allait devenir pour moi un camarade de tous les instants. Les quelques bonnes parties auxquelles nous nous étions livrés ensemble aux précédentes vacances auraient d'innombrables lendemains. Encore que bon papa Aubineau se rendît rarement dans la partie haute de la propriété où nous nous ébattions, il y avait toujours dans l'air, de son vivant, un je ne sais quoi qui imposait la contrainte.

Ma sœur Marguerite partageait ma satisfaction, mais le voisinage de ses amies, les demoiselles de Chaberton, ne causait pas exclusivement la sienne. A treize ans, c'était une petite personne très fière, très importante, pénétrée du sentiment de ses mérites, et qui eût été en

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