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humeur se ressentait de l’état maladif qui l’avait prématurément vieilli et contraint à se retirer des affaires avant la quarantaine ; les dites affaires n’ayant du reste jamais battu que d’une aile. Sans parler de ses rhumatismes et de quelques maux imaginaires, la gastrite dont il souffrait n’était pas pour le rendre commode à vivre.

Or, ce matin-là, mon père, qui, une fois en fuite, ne rentrait pas d’habitude avant le déjeuner, revint inopinément une demi-heure après son départ. Il tombait bien ! Sur un fracas de vaisselle brisée, Marguerite et moi venions de nous précipiter hors de nos chambres, pour apercevoir au milieu du salon notre mère figée par la consternation devant les morceaux épars de la grande coupe de Chine. Octavie, qui s’engouffrait en hurlant dans le couloir de la cuisine, avait enrichi d’une unité sérieuse le nombre de ses " malheurs. " Mais quelle drôle de figure faisait le maître de maison ! Il n’avait pas son sourire triomphant. Défait, les lèvres tremblantes, l’œil trouble, il ne remarquait ni le désastre, ni ses enfants exposés au courant d’air.

Maman ne se trompa point à son expression. Elle s’avança vers lui et demanda, toute pâle et la voix altérée :

— Tu as de mauvaises nouvelles ?

Il bredouilla :

— Ma pauvre amie… Du courage…

Elle devina aussitôt, et elle lui tomba dans les bras en sanglotant.