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LES " CAHIERS " DE CHARLES PEGUY 269

ter, comme Deherme, l'avènement d'un nouveau " pouvoir spirituel." Si demain éclatait une seconde Affaire, Péguy se rangerait sous le même drapeau que jadis, auprès des mêmes combattants ; il n'est pas en coquetterie avec le nationalisme ; il n'adore pas la force militaire ; il ne délaisse pas la cause du peuple pour celle d'une aristocratie. Celui qui écrivait en 1900 : " On ne peut se convertir au socialisme sans que la philosophie et la vie et les sentiments les plus profonds soient rafraîchis, renouvelés, et pour garder le mot, convertis " n'est pas au bord d'une nouvelle et d'une inverse conversion. Contre le doute et la désespérance, Péguy cherche son réconfort dans quelques senti- ments d'autant plus sûrs qu'ils sont purement et fortement humains :

L'amour de la tâche Sien faite lui donne la joie d'une communion avec tous les bons travailleurs, avec tous ceux qui aiment leur métier. Rien n'est perdu, tant que le sabotage ne deviendra pas coutume universelle ; tant qu'il y aura des maçons pour bâtir, des forgerons pour forger, des profes- seurs pour enseigner, des besogneurs pour faire leur besogne comme Bergson fait ses livres, et Péguy ses Cahiers.

D'autre part, la critique des préjugés modernes a remis Péguy en contact avec la tradition, avec toutes les traditions françaises. Ouvrant les yeux aux vices du régime présent, il ne pouvait plus

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