Page:NRF 1909 10.djvu/32

Cette page n’a pas encore été corrigée


264 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

à nous tous, de se reprendre aux vers du vieux Hugo, la magnificence du verbe ne lui cache point l'indigence des idées ; il craignait dès 1900 "l'in- fluence grossière des romantiques " ; il ne se confie pas, comme eux, aux orages de l'inspiration ; il croit " à l'efficacité du travail modeste, lent, molé- culaire, définitif" ; surtout, il croit "qu'une souf- france vraie est incomparable au meilleur des enchantements faux. " Ses plus fidèles admirations sont pour Corneille et Pascal — le Corneille de Polyeucte, le Pascal des Lettres et des Pensées ; mais nous ressemblons rarement à ce que nous admirons le plus. Il me paraît que des affinités profondes situent Péguy quelque part entre Proudhon et Michelet. Il éprouve, à l'égard de Renan, une espèce d'aversion assez tendre. Enfin, il déteste Taine autant qu'il aime et respecte Bergson. Je ne donne là qu'une orientation préliminaire : Péguy ne s'est pas tant formé par les livres que par la vie. Pour comprendre ses défiances et ses enthousiasmes, son humanisme misanthrope, et son pessimisme allègre et son optimisme désabusé, il faut avoir fait le compte de ses illusions vaincues et de ses désillusions surmontées.

Désillusions sur le dreyfusisme, d'abord : Péguy, disais-je, pendant l'Affiiire, ne songeait pas à son parti. Il a compté sur une révolution ; non pas une révolution politique ; non pas une révolution sociale ; mais une révolution morale.

�� �