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262 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

nulle chose, mais toute chose le ramène aux Cahiers. Son repos hebdomadaire ne peut lui faire oublier le dernier bilan, la série prochaine, le rédacteur qu'il s'est promis de conquérir, la mise en page qu'il veut irréprochable, les épreuves où nulle faute ne doit se glisser. La nuit, il rêvera du faux-titre, des feuilles de garde et de la couver- ture, et des tables, et du Catalogue analytique. Les Cahiers règlent le cours de ses idées et l'ordre de ses sentiments. Tout désabonnement est pour lui boycottage ; un abonnement est comme une lettre de noblesse. — Et c'est vraiment une noble liste que celle des abonnés aux Cahiers. D'autant plus noble qu'elle est plus courte : elle pourrait doubler, tripler, garantir à Péguy des lendemains moins précaires, et cependant ne contenir encore que des noms très choisis. Ces nobles abonnés ne s'en font d'ailleurs pas accroire. Ils ne se trouvent jamais deux ou trois réunis, sans critiquer la série en cours, et plus précisément le dernier Cahier ; sans blaguer l'œuvre qu'ils soutiennent, et que rien ne leur ferait déserter. Mais ils savent bien, au fond, quelle force morale elle représente, et quelle puissance de ralliement secret. Si les Cahiers n'existaient pas, quelque part ailleurs auraient pu paraître ces Vies de Beethoven et de Michel Ange, ce Swifity ce Gobineau^ cet Ihsen^ ce Pascal ; ce roman de Romain Rolland ; ces Nouvelles de Moselly, de Pierre Mille et de Pierre Hamp ; peut-être

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