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LES "cahiers" de CHARLES PEGUY 261

rien savoir que de ne pas savoir tout ; je ne le rap- pelle que pour montrer dans quelles conditions Péguy, au cours de l'année 1900, pauvre en res- sources, mal assuré du lendemain, meurtri par les autres et par soi-même, édita la première série de ces Cahiers de la Quinzaine où il met depuis lors toute sa vie...

Sur la rue de la Sorbonne prend jour une étroite boutique. A la vitrine quelques Cahiers : le Dingley des frères Tharaud (prix Concourt), et le Jean Christophe de Romain Rolland (autre prix, de la Vie Heureuse). On entre par un petit couloir, qu'un poêle de fonte obstrue. Tapissé de Cahiers jusqu'au plafond, le magasin — bureau d'admini- stration, salle de rédaction, salle des fêtes, — a, je crois, deux mètres sur deux ; peut-être bien un quart en plus, pour là table du secrétaire. Les jeudis on y tient à douze, quand Péguy reçoit ses amis, qui sont les amis des Cahiers. Ce ne sont pas chaque fois les mêmes ; mais chaque fois, parmi eux, au-dessus d'eux presque tous jeunes, se détache la barbe blanche de M. Ceorges Sorel. Il ne préside pas, il cause ; ses jugements abrupts et simples, soutenus de raisons compliquées, ne lais- sent pas la conversation languir. Péguy parle à son tour, et plus souvent écoute ; il est simple, il est cordial, il est distrait ; il est à tous, et il n'est à personne ; il ne refuse son attention à

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