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26o LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

ganiser des groupements socialistes, d'engager, dans sa librairie de la rue Cujas, tout son petit capital. Et quand au fort de l'hiver, par les rues de la rive gauche, on le voit trotter en veston mince, les yeux distraits, le front plissé, on ne sait pas s'il songe à la propagande, ou bien à ces fins de mois, à ces inéluctables échéances, dont ses amis fonctionnaires n'imagineront jamais le souci. Il ne brave plus les gelées, il est déjà " l'homme à la pèlerine ", quand éclate l'affaire Dreyfus. Naturellement rien ne lui fait défaut pour être, de tous les dreyfusards de la première heure, le plus convaincu, le plus dévoué, le plus ingénu ; celui qui ne sert point son parti, mais la justice ; celui qui n'attend ni récompense, ni revanche ; celui qui s'étonnera bientôt des transactions, des grâces, des amnisties, et de voir triompher si haut tels champions accourus un peu trop tard pour le combat. Cette crise l'occuperait tout entier, s'il n'y avait la Hbrairie — j'allais dire sa hbrairie; mais elle n'est plus à lui seul, elle est devenue la Société nouvelle de librairie et d édition. Etrange maison de commerce, régie par des théoriciens au bénéfice d'une idée ; que ne s'est-il pas dépensé là de temps, de pensée et de peine !... Mais peu de mois se sont passés, et déjà Péguy n'est plus l'associé de ses amis ; il les traite en ennemis, il les gronde et les accuse ; et certes il les méconnaît, mais eux aussi le méconnaissent. Sur un tel conflit, c'est ne

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