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LES " CAHIERS " DE CHARLES PEGUY 259

auprès d'eux par ceux-là qui, s'ils ne le connaissent pas à fond, le connaissent au moins depuis fort longtemps !

Il est d'origine provinciale et rustique ; il sort du peuple, non de la plèbe ; ses traits de visage et de style, cette vigueur tendue, cette rude vaillance jointe à cet affinement, sont à coup sûr signes de race — d'une race obstinée au labeur, mais moins pourvue de muscles que de force nerveuse ; liée aux tâches matérielles, mais toute prête aux efforts de l'esprit. Son père mort, il a grandi sous ces mêmes influences de tendresse et de pauvreté qu'évoque si bien Charles-Louis Philippe dans son petit livre : La Mère et r Enfant. Au lycée d'Orléans, puis à Louis-le-Grand, puis à Lakanal, Péguy travaille comme il a vu travailler, près de lui, à la maison. Il est le bon élève solide et régu- lier : celui qui ne dédaigne pas, qui ne choisit pas, qui prend ses études au sérieux, et ne sait pas les monnayer pour l'examen ; celui qui sera reçu à l'Ecole Normale plus tard que les camarades (après son service militaire), et ne manquera pas d'en sortir plus tôt qu'eux. Là encore, il ne dédaigne rien ; il voudrait bien préparer l'agréga- tion de philosophie ; il passerait volontiers par où Bergson a bien passé. Mais il n'a pas le temps, il est pressé de vivre, pressé d'assumer des devoirs et des risques, de se charger d'une famille, d'or-

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