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INTRODUCTION A UNE METAPHYSIQUE .... 253

de tous les " autres " parle. Puis des silences se creusent en solitudes. Je sens que les derniers, déjà très loin, passent le fleuve et leur souvenir en moi pâlit comme un visage ; je ne perçois plus que le sombre battement de mon sang ; la paix s'élargit alentour avec la nuit. Alors naît le mur- mure des forces secrètes emprisonnées ; c'est une poussée chuchotante de petites présences ; des milliers de voix minuscules se pressent autour de moi, appuyées, inquiètes, confidentielles, ainsi que s'énoncent les feuilles dans le vent, jusqu'au moment où les emporte dans son tourbillon ce bruit qui passe comme un ravage, clameur à travers le ciel d'une chevauchée en délire, torrent de brutes ruées, et leur évanouissement à l'horizon avec la seule survivance d'un " Ha ! Ha ! " immense et lointain.

��II

��Je me lève chargé d'un souvenir plus pesant que le monde ; j'erre perdu dans sa richesse insoutenable ; je le porte devant moi épandu comme une bannière et comme un cri. Je viens d'un pays plus certain que la maigre réalité dont la fraîcheur maintenant me transit. Je ne peux pas douter d'avoir traversé l'abîme suivant l'axe de sa plus véritable épaisseur, La gorgée de jour que pour me désenivrer j'avale, ne m'ôte pas cette conscience. Les courbatures, laissées à mes membres par mon voyage, attestent qu'ils n'ont pas touché que des fantômes. O lumière sombre ! la densité de ton resplendissement baigne encore mes yeux par l'aube obscurcis. Mais avec mes mains appliquées sur le visage c'est en vain que j'essaie de retenir en mon regard la vision des séjours trop vrais pour

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