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femmes sauront toujours étayer d'un aussi ferme soutien leur fantaisie.

Mme Marie Dauguet enlace la sienne autour de récits bucoliques où paraît un goût assez vigoureux des choses agrestes :

O Printemps, tu reprends ton fifre bocager
Aux chants de la mésange et du ruisseau léger.
Rends l'herbe plus épaisse et plus tendre sa flore
Pour que la chèvre ardente attire le bouc noir
Et docile se prête à l'étreinte féconde ;
Grâce à toi, que bientôt à sa mamelle blonde
Se suspendent, gorgés d'un lait pur, deux chevreaux ;
Que s'allume le sang des mugissants taureaux
Et que sous ta clarté et ta chaleur complices,
Cèdent à leurs fureurs les plus belles génisses !...
Je me suis recueillie pendant que vous dormiez
Linots et roitelets et vous encor, ramiers...
Et ce soir, je voyais sur le seuil de la grange,
L'Amour assis, croisant ses ailes de mésange,
Flageoler une églogue en un tuyau d'aveine.

D'autres poèmes sont moins réguliers, plus capricieux, plus sensibles, et une pointe d'impressionnisme y rompt souvent le dessin de façon fort heureuse :

La chanson des ruisseaux éclairait la nuit verte...

Mme Dauguet enrichit le vocabulaire poétique de quelques jolis noms de fleurs, de quelques gras parfums rustiques :

La flouve, le lupin, l'agrostide vulgaire...
L'avena flavescens ou canche...
et pourquoi pas :
Les purins noirs, chamarrés d'or.