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LA PORTE ÉTROITE 83

son nom, consent à attendre, qu'il se déclare aussitôt simplement pour " prendre rang "... c'est absurde ; mais qu'est-ce que tu veux que j'y fasse ? Je ne peux pourtant pas lui faire dire qu'il est trop laid !

— Non, mais que tu ne veux pas épouser un viticul- teur.

Elle haussa les épaules :

— Ce sont des raisons qui n'ont pas cours dans l'esprit de ma tante... Laissons cela. — Alissa t'a écrit ?

Elle parlait avec une volubilité extrême et semblait dans une grande agitation. Je lui tendis la lettre d'Alissa qu'elle lut en rougissant beaucoup. Je crus distinguer un accent de colère dans sa voix quand elle me demanda:

— Alors qu'est-ce que tu vas faire ?

— Je ne sais plus. A présent que je suis ici, je sens que j'aurais plus facilement fait d'écrire, et je me repro- che déjà d'être venu. Tu comprends ce qu'elle a voulu dire ?

— Je comprends qu'elle veut te laisser libre.

— Mais est-ce que j'y tiens, moi, à ma libtrté !... Et tu comprends pourquoi elle m'écrit cela ?

Elle me répondit : Non, si sèchement que, sans du tout pressentir la vérité, du moins me persuadai-je dès cet instant que Juliette n'en était peut-être pas ignorante. — Puis brusquement, tournant sur elle-même à un détour de l'allée que nous suivions :

— A présent laisse-moi. Ce n'est pas pour causer avec moi que tu es venu. Nous sommes depuis bien trop long- temps ensemble.

Elle s'enfuit en courant vers la maison et un instant après je l'entendis au piano.

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