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LA PORTE ÉTROITE 8 I

— Eh bien ! que comptes-tu faire ? dit celui-ci, après avoir lu la lettre en hochant la tête et les lèvres serrées.

Je soulevai les bras, plein d'incertitude et de désolation.

— J'espère au moins que tu ne vas pas répondre ! Quand on commence à discuter avec une femme, on est perdu... Ecoute : en couchant au Havre samedi, nous pouvons être à Fongueusemare dimanche matin et rentrer ici pour le premier cours de lundi. Je n'ai pas revu tes parents depuis mon service ; c'est un prétexte suffisant et qui me fait honneur. Si Alissa voit que ce n'est qu'un prétexte, tant mieux ! Je m'occuperai de Juliette pendant que tu causeras avec sa soeur. Tu tâcheras de ne pas faire l'enfant... A vrai dire, il y a dans ton histoire quelque chose que je ne m'explique pas bien ; tu n'as pas dû tout me raconter... N'importe! J'éclaircirai ça... Surtout n'annonce pas notre arrivée : il faut surprendre ta cousine et ne pas lui laisser le temps de s'armer.

Le coeur me battait fort en poussant la barrière du jardin. Juliette aussitôt vint à notre rencontre en courant. Alissa, occupée à la lingerie, ne se hâta pas de descendre. Nous causions avec mon oncle et Miss Ashburton lors- qu'enfin elle entra dans le salon. Si notre brusque arrivée la troubla, du moins sut-elle n'en rien laisser voir ; je pensais à ce que m'avait dit Abel et que c'était précisé- ment pour s'armer contre moi qu'elle était restée si long- temps sans paraître. L'extrême animation de Juliette faisait paraître encore plus froide sa réserve. Je sentis qu'elle désapprouvait mon retour; du moins cherchait-elle dans son air à exagérer une désapprobation derrière laquelle je n'osais chercher une secrète émotion plus vive.

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