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74 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

de savoir un peu mieux ce que je veux faire ensuite.

— Tu ne le sais donc pas encore ?

— Je ne veux pas encore le savoir. Trop de choses m'intéressent. Je diffère le plus que je peux le moment où il me faudra choisir et ne plus faire que cela.

— Est-ce aussi la crainte de te fixer qui te fait différer tes fiançailles ?

Je haussai les épaules sans répondre. Elle insista :

— Alors qu'est-ce que vous attendez pour vous fian- cer ? Pourquoi est-ce que vous ne vous fiancez pas tout de suite ?

— Mais pourquoi nous fiancerions-nous ? Ne nous suffit-il pas de savoir que nous sommes et que nous resterons l'un à l'autre, sans que le monde en soit informé. S'il me plaît d'engager toute ma vie pour elle, trouverais- tu plus beau que je lie mon amour par des promesses ? Pas moi. Des voeux me sembleraient une injure à l'amour... Je ne désirerais me fiancer que si je me défiais d'elle.

— Ce n'est pas d'elle que je me défie...

Nous marchions lentement. Nous étions parvenus à ce point du jardin d'où j'avais naguère involontairement entendu la conversation qu'Alissa avait eue avec son père. Il me vint brusquement à la pensée que peut-être Alissa, que j'avais vue sortir dans le jardin, était assise dans le rond-point et qu'elle pouvait également bien nous enten- dre ; la possibilité de lui faire écouter ce que je n'osais lui dire directement me séduisit aussitôt ; amusé par mon artifice, haussant la voix :

— Oh ! m'écriai-je, avec cette exaltation un peu pom- peuse de mon âge, et prêtant trop d'attention à mes

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