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N'étions-nous pas déjà comme fiancés ? Notre amour n'était plus un secret pour nos proches ; mon oncle, pas plus que ma mère n'y apportait d'obstacles : au contraire, il me traitait déjà comme son fils.

Les vacances de Pâques qui vinrent quelques jours après, je les passai au Hâvre, logeant chez ma tante Plantier, et prenant presque tous mes repas chez mon oncle Bucolin.

Ma tante Félicie Plantier était la meilleure des femmes, mais ni mes cousines ni moi n'avions avec elle grande intimité. Un affairement continu l'essouflait ; ses gestes étaient sans douceur ; sa voix sans mélodie ; elle nous bousculait de caresses, prise, à n'importe quel moment du jour, d'un besoin d'effusion subit où son affection pour nous débordait. Mon oncle Bucolin l'aimait beaucoup, mais rien qu'au son de sa voix lorsqu'il lui parlait, il nous était aisé de sentir combien il avait préféré ma mère.

— Mon pauvre enfant, commença-t-elle, un soir, je ne sais ce que tu as l'intention de faire cet été, mais j'attendrai de connaître tes projets avant de décider de ce que je ferai moi-même ; si je peux t'être utile...

— Je n'y ai pas encore beaucoup pensé, lui répondis-je. Peut-être essaierai-je de voyager.

Elle reprit : — Tu sais que chez moi comme à Fongueusemare tu seras toujours bienvenu. Tu feras plaisir à ton oncle et à Juliette en allant là-bas...

— Vous voulez dire à Alissa.

— C'est vrai ! Pardon... Croirais-tu que je m'étais figuré que c'était Juliette que tu aimais ! jusqu'à ce que ton oncle m'eût parlé... il n'y a pas un mois... Tu sais, moi, je vous aime bien, mais je ne vous connais pas