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plus à l'aise. Une allée, riante de fleurs, devant les espaliers au midi est abritée contre les vents de mer par un épais rideau de lauriers du Portugal et par quelques arbres. Une autre allée, le long du mur du nord, disparaît sous les branches. Mes cousines l'appellaient “l'allée noire” et, passé le crépuscule du soir, ne s'y aventuraient pas volontiers. Ces deux allées mènent au potager qui continue en contrebas le jardin après qu'on a descendu quelques marches. Puis, de l'autre côté du mur que troue, au fond du potager, une petite porte à secret, on trouve un bois taillis où l'avenue de hêtres, de droite et de gauche, aboutit. Du perron du couchant, le regard, par dessus ce bosquet retrouvant le plateau, admire la moisson qui le couvre. A l'horizon pas très distant, l'église d'un petit village et, le soir, quand l'air est tranquille, les fumées de quelques maisons.

Chaque beau soir d'été, après dîner, nous descendions dans “le bas jardin”. Nous sortions par la petite porte secrète et gagnions un banc de l'avenue d'où l'on domine un peu la contrée ; là, près du toit de chaume d'une marnière abandonnée mon oncle, ma mère et Miss Ashburton s'asseyaient ; devant nous la petite vallée s'emplissait de brume et le ciel se dorait au-dessus du bois plus lointain. Puis nous nous attardions au fond du jardin déjà sombre. Nous rentrions ; nous retrouvions au salon ma tante qui ne sortait presque jamais avec nous... Pour nous enfants, là se terminait la soirée ; mais bien souvent pourtant nous étions encore à lire dans nos chambres, quand, plus tard, nous entendions monter nos parents.

Presque toutes les heures du jour que nous ne passions pas au jardin, nous les passions dans “la salle d'étude”,