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raison, mais plutôt dans leur façon d'assouplir l'ordre sans le briser. Pareillement, qui donc aujourd'hui se figure “que la Grèce ait été soustraite aux influences dissolvantes du dehors, qu'elle ait pu se développer, en quelque sorte, en vase clos, et incarner ainsi une conception abstraite, née dans des cervelles d'esthètes ou de philosophes ?” La contamination étrangère dont il est ici question fut bien plutôt l'éducation indispensable de la Grèce par l'Orient plus cultivé ; continuons d'admirer que cette culture ait été dépassée si vite, et que les éléments étrangers qui subsistent même dans les œuvres du plus pur classicisme n'y subsistent, — Louis Bertrand le dit fort bien, — “qu'à l'état latent, soumis à une discipline toute hellénique, et si habilement fondus dans l'ensemble qu'on ne les distingue plus”. Enfin, plus nous retrouvons chez les Grecs la trace de superstitions qui furent universelles, plus nous nous émerveillons qu'il en soit resté si peu de chose dans l'intelligence de l'élite : n'est-ce pas l'élite après tout qui, même en démocratie, façonne la figure d'un peuple et la dresse devant l'histoire.

Sans doute, on sait encore se draper, à Biskra ; les chefs militaires du désert de Syrie présentent maints traits des héros homériques ; et les ports mauresques ressemblent à Corinthe juste autant que se ressembleront toujours deux villes du midi. Pourtant je me méfie d'un modèle si vague qu'on y