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science, elle n'a pas renouvelé les idées des gens de lettres et du grand public.... Un romancier qui décrirait la Grèce antique et qui tenterait l'aventure dans un esprit à la fois lyrique et positif, nous rendrait peut-être plus de services, seulement pour notre bonne conduite intellectuelle, que tel gros livre de philosophie ou d'histoire....”

Quand il a quitté l'Egypte pour la Grèce, Louis Bertrand a repris la route même, ou du moins une des routes jadis suivies par la culture méditerranéenne. Les savants ne le blâmeront point de supposer des ressemblances entre la Grèce antique et l'Orient, mais plutôt de substituer à l'antique Orient, à sa civilisation formaliste, rituelle et sacerdotale, un Orient lentement défiguré par la domination arabe. On peut passer sans crainte du présent au passé, quand il s'agit de retrouver, dans le Magne ou dans la région du Taygète “l'âme simple et à peu près immuable d'une race de pasteurs qui a toujours vécu la même vie”, ou bien encore d'affirmer que les bergers du Cithéron “devaient être pareils au temps d'Œdipe” ; mais la hardiesse est plus grande, d'affirmer que les processions athéniennes devaient ressembler aux cortèges nuptiaux qu'on voit aujourd'hui dans les rues du Caire. La complaisance des Parnassiens à s'exagérer le bel ordre et le raffinement des Grecs ne le cède qu'à celle que met Louis Bertrand à relever les moindres indices de désordre ou de