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de Galata, n'était après tout qu'un fils de Pérote, un demi-Levantin ; “s'il a su le grec classique, ce n'est pas sa mère qui a pu le lui apprendre ; il a fait comme nous tous : il l'a appris au Collège.” Ici, M. Bertrand oublie qu'en ce temps-là “on n'enseignait plus le grec dans la plupart des collèges ; l'étude en était facultative dans les autres”.[1] Fût-il vrai qu'André Chénier n'avait pas dans ses veines une goutte de sang grec, c'est pourtant de sa naissance, de sa famille et des amis de sa famille qu'il tient ce culte de la Grèce, qui chez lui ne resta pas stérile. Et sans doute la Grèce qu'il ressuscita n'était point la Grèce primitive, ni même la Grèce classique, mais ce n'était pas non plus seulement “une Grèce d'anthologie”, puisqu'à travers Théocrite, Chénier parfois rejoint Homère... Plus justement, Bertrand condamne l'hellénisme des Romantiques, sans un regard pour le Satyre de Hugo ; raillant l'hellénisme des Parnassiens, il ne songe qu'au rêve de Leconte de Lisle : “une Grèce plastique, toute en marbre blanc, habitée uniquement par des statues, ou par des sculpteurs qui les cisèlent, des gymnastes qui en copient les attitudes, des philosophes qui en règlent l'esthétique et qui dissertent sur le Beau” ; il ne nomme ni Banville ni Hérédia, par qui cette image trop raide fut heureusement assouplie. Enfin il montre comment, “d'après les statuettes de Myrrhina et de Tanagra, les bibelots réalistes

  1. Lanson, ibid.