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pour la beauté. Et même simplement pour bien voyager, il faut encore souffrir...” — Pourtant souffrir peut aussi rendre injuste ; n'est ce pas le 15 août 1832 que Lamartine écrivait : “Mon âme est flétrie et morne comme l'affreux pays qui m'entoure... cela ressemble à un vieux sépulcre dépouillé de ses ossements... Où est la beauté de cette Grèce tant vantée ?” Et n'est-ce pas pour avoir senti ses yeux, ses nerfs, son foie durement éprouvés par le climat d'Egypte, que Bertrand n'a vu dans Athènes “la pierreuse” que le squelette de l'Hellade, la sacrifiant d'avance à l'autre Grèce, “celle des forêts, des matelots et des laboureurs ?” L'âpre canicule lui fait oublier les printemps chantés par Aristophane et par Sophocle ; il ne revoit pas, ainsi que Lamartine, le temps où “les flancs de toutes ses montagnes, depuis celles qui cachent Marathon jusqu'à l'Acropolis de Corinthe, étaient découpées de forêts, de pâturages, d'oliviers et de vignes” ; il néglige le mélancolique avertissement de Moréas : “Oui, dans l'Attique, les arbres ont été coupés, la terre a glissé, l'eau s'est évaporée”. Du moins cette désolation le rend plus sensible à d'autres spectacles ; mais le souvenir de la sécheresse d'un été brûlant semble peser sur la préface de son livre ; la rudesse de ses thèses ne perdait rien à s'y tempérer un discret sourire.


“En dépit de toutes les découvertes de l'archéo-