Page:NRF 1909 1.djvu/33

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

pauvrissement et la spoliation... Ruines que j'évite. Inutile sentimentalité de ceux qui, cherchant un accord entre leur pensée et d'anachroniques vestiges, s'évertuent en vain et négligent la douceur du présent.” De même Bertrand, sur le bateau qui le porta d'Alexandrie au Pirée, déjà se promettait de ne pas imiter ceux à qui “la poursuite d'un passé insaisissable a fait négliger le présent.” Ce qui l'a donc le plus frappé en Grèce, ce qu'il a le plus admiré, ce sont les paysages. “Les ruines antiques, ajoute-t-il, m'y apparurent d'abord comme des accidents, en somme, négligeables du sol... Je me bornai à considérer les ruines grecques dans leur milieu actuel et sous leur forme toute contemporaine... Il ne reste plus en Grèce que la nature, — une nature très fine, ou très grandiose, et merveilleusement éclairée, mais sans rien qui étonne ou qui tire l'œil, — et, avec la nature, les souvenirs des plus belles légendes qui aient enchanté notre humanité d'Occident, — la présence latente des grands morts, — le spectacle, enfin, de l'humble vie de tous les jours !”... Ce n'est pas au temps des violettes, “sous d'aigres ciels printaniers tout brouillés de nuages et tout grelottants de froidure” qu'il est descendu sur cette terre méridionale. Il a voulu saisir le paysage grec “à son maximum d'intensité.” “L'été, c'est le midi de l'an, le midi du monde, l'instant précis où il donne tout son fruit et tout son parfum... Il faut souffrir un peu