Page:NRF 1909 1.djvu/17

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Il y a deux sortes de gens : ceux qui sont bons et que j'aime, et les égoïstes qui ne s'occupent jamais de moi.

— Mon père est bon, mais il est plus rude que ma mère et son caractère est irrégulier. Ma mère est toujours contente de moi.

— Mon frère est sournois. Je l'aime tout de même parce que je suis bon, et Mère sait bien que c'est toujours lui qui a tort.

— Je suis le premier à l'école. Il n'y a qu'un premier, et c'est moi. Je serai toujours le premier.


Mais en grandissant l'enfant devint malheureux. On se rappelle cette histoire d'une princesse qui vient coucher dans un château. Elle a la plus belle chambre, et un lit en bois de rose, et douze matelas de laine fine et de plume de cygne. Et voici qu'au matin elle se montre toute moulue et fatiguée, se plaignant que son lit fût trop mauvais pour y dormir. On en découvre la raison : c'est un pois sec qui se trouvait sous le dernier matelas. A quoi, dit le conteur, on reconnut bien qu'elle était vraiment princesse. C'est en effet une chose admirable et rare que cette douceur de peau, mais c'est un grand malheur lorsque l'on n'est pas prince. Il y a bien des pois secs dans la vie, et il n'y a même pas toujours douze matelas par-dessus.

L'Enfant avait encore la manie d'arranger l'avenir à sa façon, et lorsque les choses s'arrangeaient d'elles-mêmes autrement qu'il ne l'avait prévu, il trouvait encore là une source d'ennui et de mélancolie. Voici une aventure comme il lui en arrivait beaucoup :