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L'ENFANT PRODIGUE

Ce n'était pas un mauvais diable, mais il avait un défaut : il croyait que l'univers, et spécialement ses proches, était créé pour son agrément. Tant que l'on s'employait à le satisfaire, il était aimable et même obligeant ; sa belle humeur s'évanouissait dès que l'on faisait mine de s'occuper à autre chose. Il était comme ces journées d'automne où le soleil brille et que tout à coup le vent trouble, défigure et assombrit en roulant des nuages. On l'avait aidé à développer en soi cette humeur. Il faut dire, pour commencer, que cela se passait dans un village si joli qu'il avait l'air d'être poussé tout naturellement sur la colline, comme une plante. Le Père et la Mère étaient des bonnes gens, un peu trop fiers d'avoir un fils plus affiné qu'eux, propret, éveillé, montrant dès cinq ans des dispositions de toutes sortes. Ils l'appelaient “l'Enfant,” comme s'il n'y eût eu qu'un enfant dans le village, alors qu'il y en avait un autre déjà chez eux. Et celui-là, on l'appelait “Frère”, montrant ainsi quelle était sa fonction essentielle.

Vers dix ans, l'Enfant résumait ainsi sa connaissance du monde :

— Le village est un endroit agréable que je connais parfaitement.

— Mes parents sont parmi les plus riches du village.